Sahih Mouslim — page 76
صحيح مسلم
Compilé par Mouslim ibn al-Hajjâj. 2 623 fiches de ce recueil publiées sur le site (sélection, pas le recueil intégral).
Le serviteur taqi, ghani et khafi
D'après Sa'd Ibn Abi Waqas (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Certes Allah aime le serviteur taqi (1), ghani (2) et khafi ». (3)
'Otba Ibn Ghazwan nous a fait un sermon...
D'après Khalid Ibn 'Oumeyr Al 'Adawi : 'Otba Ibn Ghazwan (qu'Allah l'agrée) nous a fait un sermon dans lequel il a loué Allah et fait Ses éloges puis il a dit : « Certes la vie d'ici-bas est sur le point de prendre fin et part rapidement. Ce qu'il reste de la vie d'ici-bas n'est que comme ce qu'il reste comme liquide au fond d'un récipient quand il a été bu. Vous allez certes quitter cette vie d'ici-bas pour une demeure éternelle et ainsi vous devez quitter cette vie en ayant avec vous le maximum d'actes de piété. En effet, il nous a certes été mentionné (1) qu'une pierre qui serait jettée du bord de la géhenne tomberait pendant soixante-dix ans sans en atteindre le fond. Et, par Allah, la géhenne va certes être remplie ! Cela vous étonne t-il ? (2) Il nous a également été mentionné que certes il y a entre les deux montants d'une porte parmi les portes du paradis une distance qu'il faudrait quarante année pour parcourir. Il va certes venir un jour où tout cet espace entre les montants des portes du paradis sera tellement rempli que les gens vont s'y bousculer. Il y a certes eu une époque où j'étais l'une des sept personnes qui étaient avec le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui). La seule nourriture que nous avions était des feuilles d'arbres au point où notre peau se craquait sur les deux côtés de notre bouche. J'ai trouvé une tunique que j'ai coupée en deux et partagée entre moi et Sa'd Ibn Malik (qu'Allah l'agrée). Chacun de nous a utilisé sa partie comme izar. (3) Mais maintenant, il n'y a aucun d'entre-nous (4) qui n'est pas devenu l'émir d'une contrée parmi les contrées (5) et certes je demande protection à Allah contre le fait de me voir comme une personne de haut rang mais d'être auprès d'Allah une personne qui n'a pas de valeur ».
« Est-ce que nous allons voir notre Seigneur le jour de la résurrection ? »
D'après Abou Houreira (qu'Allah l'agrée) : Ils ont dit (1) : Ô Messager d'Allah ! Est-ce que nous allons voir notre Seigneur le jour de la résurrection ? Le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Est-ce que vous vous gênez les uns les autres pour voir le soleil en milieu de journée quand il n'y a pas de nuages ? ». Ils ont dit : Non. Le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Est-ce que vous vous gênez les uns les autres pour voir la pleine lune quand il n'y a pas de nuages ? ». Ils ont dit : Non. Le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Je jure par Celui qui détient mon âme dans Sa Main ! Vous ne vous gênerez pas les uns les autres pour voir votre Seigneur comme vous ne vous gênez pas les uns les autres pour les voir (2) ».
Celui qui secourt les pauvres
D'après Abou Houreira (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Celui qui s'occupe de la veuve et du pauvre est comme le combattant dans le sentier d'Allah ».
« Je suis Celui qui Se passe le plus qu'on Lui donne des associés »
Aboû Hourayrah (qu'Allah l'agrée) relate que Messager d'Allah (qu'Allah le couvre d'éloges et le préserve) a dit : "Allah, Béni et Exalté soit-Il, a dit : "Je suis Celui qui Se passe le plus qu'on Lui donne des associés ! Quiconque accomplit une action dans laquelle il M’associe qui ou quoi que ce soit, Je l’abandonne lui et son son association !"
Toute ma communauté est pardonnée sauf ceux qui font de la moujahara
D'après Abou Houreira (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Toute ma communauté est pardonnée sauf les moujahirins. Et certes fait partie de la moujahara (*) qu'un homme fasse quelque chose la nuit, puis au matin, alors que Allah l'a caché, il dit: Ô untel hier j'ai fait telle et telle chose. Certes il a passé la nuit en étant caché par son Seigneur et le matin il découvre ce que son Seigneur a caché ».
Lorsque l'un de vous éternue et loue Allah
D'après Abou Moussa Al Ach'ari (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit : « Lorsque l'un de vous éternue et loue Allah (1) alors faites-lui le techmit (2) mais s'il ne loue pas Allah alors ne lui faites pas le techmit ».
Lorsque l'un d'entre vous baille qu'il mette sa main sur sa bouche
D'après Abou Sa'id Al Khoudri (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Lorsque l'un d'entre vous baille, qu'il mette sa main sur sa bouche car certes le Chaytan rentre ».
Le croyant ne se fait pas piquer deux fois par le même trou
D'après Abou Houreira (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Le croyant ne se fait pas piquer (1) deux fois par le même trou (2) ». (3)
Le fait de garder une certaine réserve lorsque l'on fait les éloges de quelqu'un
D'après Abou Bakra (qu'Allah l'agrée) : Un homme a fait les éloges d'un autre auprès du Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) alors il a dit: « Malheur à toi! Tu as coupé le cou de ton compagnon, tu as coupé le cou de ton compagnon » il a répété cela plusieurs fois. Puis il a dit: « Celui d'entre vous qui fait les éloges de son frère, qu'il dise: -Je pense qu'untel est comme cela, c'est Allah qui est son juge et je ne fait les éloges de personne auprès d'Allah. Je pense qu'il est comme cela et comme cela- s'il sait cela de son frère ».
Ceux qui font des éloges...
D'après Abou Ma'mar: Un homme s'est levé et a fait des éloges à un émir parmi les émirs. Alors Al Miqdad (qu'Allah l'agrée) lui a lancé de la poussière dessus et a dit: Le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) nous a ordonné de lancer de la poussière sur les visages de ceux qui font des éloges.
Le respect envers les gens âgés
D'après 'Abdallah Ibn 'Omar (qu'Allah les agrée lui et son père), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « J'ai vu en rêve que j'utilisais un siwak (1) et deux hommes m'ont attrapé. L'un d'eux était plus âgé que l'autre. J'ai alors passé le siwak au plus jeune mais on m'a dit : -Au plus âgé-. Alors je l'ai passé au plus âgé (2) ».
Untel me devait de l'argent. Je suis donc allé vers sa famille...
D'après 'Oubada Ibn Al Walid : Je suis sorti avec mon père pour rechercher la science vers ce quartier des ansars (1) avant qu'ils ne meurent. La première personne que nous avons rencontré était Abou Al Yasar (qu'Allah l'agrée), le compagnon du Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui). Il avait avec lui un de ses enfants et un tas de papier. Mon père lui a dit : Ô mon oncle ! Je vois sur ton visage des signes d'énervement. Il a dit : Oui. Untel le fils d'untel me devait de l'argent. Je suis donc allé vers sa famille, je leur ai passé le salam et j'ai dit : Est-ce qu'il est là ? Ils ont dit : Non. Un de ses enfants à l'âge de l'adolescence est sorti vers moi et je lui ai dit : Où est ton père ? Il a dit : Il a entendu ta voix et est alors rentré dans la couche à ma mère. J'ai dit : Viens ici, je sais certes où tu es ! Il est sorti et j'ai dit : Qu'est-ce qui t'a poussé à te cacher de moi ? Il a dit : Par Allah ! Je vais te parler sans te mentir. Par Allah ! J'ai eu peur de te parler et de te mentir, de te promettre et de ne pas tenir ma promesse alors que tu es un compagnon du Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) et, par Allah, je n'ai pas les moyens de rembourser. J'ai dit : Tu jures par Allah ? Il a dit : Je jure par Allah. J'ai dit : Tu jures par Allah ? Il a dit : Je jure par Allah. J'ai dit : Tu jures par Allah ? Il a dit : Je jure par Allah. 'Oubada Ibn Al Walid a dit : Abou Al Yasar a alors apporté sa feuille (2), il l'a effacé avec sa main et a dit : Si tu trouves de quoi rembourser alors paye moi sinon je te pardonne. Il a dit : Mes yeux ont vu ; et il a mis les doigts sur ses yeux ; mes oreilles ont entendu, mon coeur a retenu ; et il a fait signe vers son coeur ; que le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit : « Celui qui accorde un délai à une personne dans la gêne ou lui efface sa dette, Allah le couvre dans Son ombre ».
Ka'b ibn Malik raconte comment il resta en arrière lors de l'expédition de Tabouk
‘Abdullah ibn Ka’b ibn Mâlik (qu’Allah l'agrée, lui et son père), qui était le guide de Ka’b lorsque ce dernier devint aveugle, relate : « J’ai entendu Ka’b ibn Mâlik (qu'Allah l'agrée) raconter l'histoire de lorsqu’il faussa compagnie au Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) au cours de l’expédition de Tabûk. Ka’b ibn Mâlik dit : “ Je n’ai jamais faussé compagnie au Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) au cours d’une expédition militaire qu’il a entreprise, excepté l’expédition de Tabûk. Il n’y a que la bataille de Badr à laquelle je n'ai pas participé, mais personne n'a été blâmé pour cela. En effet, le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) et les musulmans n’étaient sortis que pour intercepter la caravane de Quraych. Mais Allah , Exalté soit-Il, fit qu’ils rencontrèrent leur ennemi sans rendez-vous préalable. J’ai [aussi] été présent, la nuit d’Al-‘Aqabah, avec le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) au cours de laquelle nous prêtâmes serment de nous soumettre à l’Islam. Je n’échangerais en rien cette nuit-là contre une participation à la bataille de Badr, même si cette dernière est plus citée par les gens que la première. En ce qui me concerne, lorsque j’ai faussé compagnie au Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) lors de l’expédition de Tabûk, je n’avais jamais été aussi fort ni aisé qu'à ce moment. Par Allah ! Je n’avais jamais possédé, avant cette expédition, deux chameaux à la fois ! Lorsque le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) souhaitait entreprendre une expédition, il ne précisait jamais l’endroit qu’il envisageait d’attaquer. Il lança cette expédition par une chaleur torride, le voyage s’annonçait long et triomphal et les ennemis à affronter nombreux. le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut) annonça donc aux musulmans leur objectif, les informant de la direction qu’il souhaitait prendre, afin qu’ils s’y préparent. Il était accompagné d’un grand nombre de musulmans sans qu’aucun livre ne consigne leurs noms - par "livre", il entendait le registre [des noms] - Ka’b poursuivit : Quiconque voulait se dérober pouvait donc le faire facilement, étant persuadé que son absence passerait inaperçue, à moins qu’une révélation divine ne descende le concernant. Par ailleurs, le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) entreprit cette expédition au moment où les fruits, pour lesquels j’avais une certaine faiblesse, étaient devenus mûrs et où l’ombre était appréciée. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) s’équipa ainsi que les musulmans. Quant à moi, je sortais bien le matin pour me préparer comme eux, mais je rentrais finalement sans avoir rien fait, en me disant : “ J’aurais bien le temps de le faire plus tard ! ” Cette situation perdura alors que les gens faisaient leurs préparatifs sérieusement. Un matin, le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) prit la route ainsi que les musulmans alors que je n’avais rien préparé pour mon équipement. Au matin, je sortis mais revins chez moi sans avoir rien préparé. Cette situation se prolongea, si bien que l’armée accéléra le pas et prit les devants. Je décidai alors de prendre le départ pour les rejoindre, si seulement je l’avais fait ! Mais cela ne me fut pas destiné. Lorsque je sortais de chez moi, après le départ du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut), j’étais triste de ne voir personne sur qui pouvoir prendre exemple hormis un homme accusé d’hypocrisie ou un autre parmi les faibles qu’Allah, Exalté soit-Il, avait dispensés de combattre. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) ne fit référence à moi qu’une fois arrivé à Tabûk. Ainsi donc, à Tabûk, alors qu’il était assis au milieu des hommes, il demanda : “ Qu’a donc fait Ka’b ibn Mâlik ? ” Un homme des Bani Salamah répondit : “ Ô Messager d’Allah ! Il a été retenu par ses beaux manteaux et l’admiration qu’il éprouve pour sa personne.” Mu’âdh ibn Jabal , (qu'Allah l'agrée), lui répondit alors : “ Quelles vilaines paroles profères-tu ! Par Allah ! Ô Messager d’Allah ! Nous ne connaissons de lui que du bien ! ” Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) garda le silence, puis vit apparaître à l’horizon un homme habillé de blanc tel un mirage. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a alors dit : “ Que ce soit Abou Khaythamah.” Et en Effet, ce fut Abou Khaythamah al-Anṣâri, l’homme qui avait été raillé par les hypocrites lorsqu’il avait donné en aumône un ṣâ’ [unité de mesure équivalent au contenu de quatre paumes de mains jointes] de dattes. Ka’b ajouta : “ Quand j’entendis que le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) était sur le chemin du retour de Tabûk, je fus envahi par la tristesse et commençai à imaginer des mensonges en me demandant comment j’allais éviter sa colère le lendemain. Je cherchais assistance et conseil auprès de toute personne sage de ma famille. Lorsque nous fûmes informés de l’imminence de l’arrivée du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) j’oubliai toutes les fausses excuses sachant que cela ne me serait d’aucune utilité contre lui. Je pris la ferme résolution d’être véridique. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) arriva enfin dans la matinée et, comme à son habitude chaque fois qu’il revenait de voyage, il se rendit à la mosquée afin d'y accomplir une prière de deux unités, puis il s’assit au milieu des gens. Lorsqu’il fit cela, ceux qui étaient restés à l’arrière - ils étaient environ quatre-vingts hommes - se rendirent auprès de lui en se justifiant et en jurant de leur bonne foi. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) accepta leurs excuses publiques et leur serment d’allégeance, puis il demanda à Allah, Exalté soit-Il, de leur pardonner, tout en Lui confiant les secrets de leurs cœurs. Je m’avançai alors vers lui et le saluai. Il me sourit à la manière de celui qui est en colère, puis me dit : “ Viens ! ” Je vins à lui en marchant jusqu’à m’assoir devant lui. Il me demanda : “ Qu’est-ce qui t’a retenu en arrière ? N’avais-tu pas acheté une monture ? - Je répondis : Ô Messager d’Allah ! Par Allah ! Si je m’étais assis devant un autre que toi parmi les gens de ce bas monde, j’aurais tenté d’éviter sa colère par une quelconque excuse. J’ai de l’éloquence mais, par Allah, je sais parfaitement que si je mens aujourd’hui pour te satisfaire, il se peut qu’Allah te mette en colère contre moi. Toutefois, si je te dis la vérité et provoque ta colère contre moi, j’espère obtenir le pardon d’Allah - Élevé et Exalté soit-Il. Par Allah ! Je n’ai aucune excuse. Par Allah ! Je n’ai jamais été aussi fort et aussi aisé qu’au moment où je t’ai faussé compagnie. ” Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a alors dit : “ Quant à celui-là, il a été véridique. Lève-toi jusqu’à ce qu’Allah décide de ton sort ! ” Des hommes des Bani Salamah me suivirent et me dirent : “ Par Allah ! Nous n’avons jamais eu connaissance que tu aies péché avant cela. Tu as certainement été incapable de trouver une excuse comme les autres qui sont restés à l’arrière en ont trouvé une auprès du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Pourtant, l’imploration du pardon du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) en ta faveur t’aurait [largement] suffi afin que ton péché soit pardonné. - Il dit : Par Allah ! Ils ne cessèrent de me faire des reproches au point que je voulus retourner auprès du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) démentir mes propos. Je leur demandai : Quelqu’un d’autre a-t-il subi le même sort ? - Ils répondirent : Oui, deux hommes ont dit la même chose que toi et ont reçu la même injonction. - Je demandai : Qui sont-ils ? - Ils répondirent : Mourârah ibn Ar-Rabî’ Al-‘Amrî et Hilâl ibn Umayyah Al-Wâqifî. - Ils me citèrent deux hommes vertueux ayant participé à la bataille de Badr et qui étaient des modèles à suivre. Après qu’ils me furent cités, je persistai à être véridique. Alors, le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a interdit aux musulmans de nous adresser la parole, à nous trois seulement parmi ceux qui étaient restés à l’arrière. Les gens nous évitèrent donc - ou il a dit : ils changèrent leur attitude envers nous - au point que la Terre me devint étroite comme si c’était une autre Terre que celle que je connaissais. Nous demeurâmes ainsi cinquante jours. Mes deux compagnons restaient cloîtrés chez eux, sans sortir de leur demeure, et ils ne cessaient de pleurer. Quant à moi, j’étais le plus jeune et le plus endurci des trois ; je sortais pour accomplir la prière avec les musulmans et j’allais dans les marchés, mais personne ne m’adressait la parole. Je me rendais auprès du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) et le saluais alors qu’il se trouvait à l’endroit où il s’asseyait après la prière en me demandant s’il avait remué ou non les lèvres pour répondre à mon salut. Parfois, je faisais ma prière près de lui, jetant des regards furtifs dans sa direction. Pendant que j’accomplissais ma prière, il me regardait, mais quand je me tournais vers lui, il détournait son regard. Cette indifférence des musulmans à notre égard me devint tellement insupportable que je me dirigeai vers la maison de mon cousin Abû Qatâdah et enjambai l’un des murs du jardin extérieur. Abû Qatâdah était le fils de mon oncle paternel et l’une des personnes que j’aimais le plus au monde. Je le saluai, mais, par Allah, il ne me répondit pas. Je lui ai alors dit : Ô Abâ Qatâdah ! Je t’adjure au nom d’Allah, ne sais-tu pas que j’aime Allah et Son Messager ? Il se tut. Je l’adjurai de nouveau, mais il demeura silencieux. Je l’adjurai encore et il me répondit enfin : Allah et Son Messager savent mieux ! Mes yeux débordèrent de larmes. J’enjambai le mur et quittai l’endroit. Alors que je me déplaçai dans le marché de Médine, j’entendis crier un paysan chrétien [littéralement : un nabatéen de Nabat] venu du Shâm pour vendre des denrées à Médine. Il demandait aux gens de lui indiquer Ka’b ibn Mâlik alors ils l’orientèrent vers moi jusqu’à ce qu’il me trouva. Il me remit alors un message du roi de Ghassân. Étant lettré, je lus le message dans lequel était écrit : “ Ceci étant dit : Il nous est parvenu que ton compagnon te traite avec indifférence sans t’accorder de crédit. Pourquoi accepter d’être ainsi humilié et traité injustement ? Rejoins-nous donc et nous saurons te consoler. ” Quand je lus la lettre, je me dis : “ Ceci fait aussi partie de mon épreuve. ” Alors, je la jetai dans le four et la brûlai. Quarante jours, sur les cinquante, passèrent et la révélation divine tardait à venir, lorsqu’un jour un envoyé du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) vint me voir et me dit : “ Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) t’ordonne de t’éloigner de ta femme. -Je lui demandai : Dois-je la divorcer ? Que dois-je faire ? - Il me répondit : Non, mais tiens-toi à l’écart d’elle et ne l’approche pas ! ” Mes deux autres compagnons reçurent le même ordre. J’ordonnai alors à ma femme : “ Retourne chez ta famille et demeure chez eux jusqu’à ce qu’Allah décide dans cette affaire. ” La femme de Hilâl ibn Umayyah se rendit alors auprès du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) et lui dit : “ Ô Messager d’Allah ! Hilâl ibn Umayyah est un vieil homme faible qui n’a personne pour le servir, est-ce que tu désapprouverais si je le servais ? ” Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) lui répondit : “ Non, mais qu’il ne s’approche pas de toi. - Elle dit alors : “ Par Allah ! Il n’a de désir pour rien. Par Allah ! Il ne cesse de pleurer depuis le début de cette affaire. ” Certains de mes proches m’ont alors dit : “ Et si tu demandais au Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) l’autorisation de reprendre ta femme car il a autorisé la femme de Hilâl ibn Umayyah à servir ce dernier. Je leur répondis : Je ne demanderai aucunement l’autorisation du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Que dirait le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) si je lui demandais l’autorisation alors que je suis un jeune homme ? ” Je demeurai ainsi dix jours, ce qui porta à cinquante jours la période pendant laquelle il fut interdit aux gens de nous adresser la parole. Puis, au matin du cinquantième jour, je fis la prière de l’aube sur la terrasse de l’une de nos maisons et alors que j’étais assis dans l’état qu’Allah, Exalté soit-Il, a évoqué dans le Coran nous concernant, c’est-à-dire : je me sentais à l’étroit dans ma propre personne et la Terre me semblait si étroite en dépit de son immensité. Soudain, j’entendis la voix d’un homme qui était monté sur la montagne de Sal’, il criait à voix haute : “ Ô Ka’b ibn Mâlik ! Aie la bonne nouvelle ! ” Alors, je tombai prosterné et je savais que la délivrance était enfin arrivée. En effet, le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) avait annoncé, après la prière de l’aube, qu’Allah - Élevé et Exalté soit-Il - avait accepté notre repentir. Les gens se précipitèrent vers nous pour nous en annoncer la bonne nouvelle. Ils se rendirent également auprès de mes deux compagnons pour la leur annoncer. Un cavalier se dirigea vers moi au galop et un homme des Aslam accourut vers moi puis escalada la montagne pour crier. La voix fut plus rapide que le cheval. Quand vint celui dont j’avais entendu la voix m’annoncer la bonne nouvelle, j’enlevai mes deux vêtements et les lui offris en guise de remerciement pour cette bonne nouvelle. Par Allah ! Je ne possédais, à cette époque, que ces deux habits. J’empruntai alors deux autres vêtements que j’enfilai et sortis à la rencontre du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Les gens me croisaient par vagues successives et me félicitaient pour l’acceptation de mon repentir en me disant : “ Félicitations pour l’acceptation de ton repentir ! ” A mon arrivée à la mosquée, je trouvai le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) assis et entouré de gens. Talhah ibn ‘Ubaydillah, (qu'Allah l'agrée), se leva et se précipita vers moi, puis il me serra contre lui et me congratula. Par Allah ! Aucun des Émigrés, excepté lui, ne se leva. Ka’b (qu'Allah l'agrée) a dit : Lorsque je saluai le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut), il me dit, le visage resplendissant de joie : “ Réjouis-toi du meilleur jour de ta vie depuis que ta mère t’a enfanté ! - Je demandai : Ô Messager d’Allah ! Cela vient-il de toi ou d’Allah ? - Il répondit : Non. Cela vient d’Allah, Élevé et Exalté soit-Il ! ” Nous savions que lorsque le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) éprouvait de la joie, son visage s’illuminait comme un pan de la lune. Donc, après m’être assis devant lui, j’ai dit : “ Ô Messager d’Allah ! Pour l’acceptation de mon repentir, je me sépare de tous mes biens en guise d’aumône pour Allah et Son Messager. Mais, le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit : “ Garde une partie de ton argent, c’est mieux pour toi. ” J’ai dit : “ Alors je conserverai ma part du butin de Khaybar ”, avant d’ajouter : “ Ô Messager d’Allah ! Allah , Exalté soit-Il, ne m’a sauvé que pour avoir été véridique. Par conséquent, et cela fait partie de mon repentir, aussi longtemps que je serai vivant, je ne m’exprimerai qu’en étant véridique. ” Par Allah ! Depuis que j’ai dit cela devant le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut), je ne connais pas un musulman qui fut autant éprouvé que moi par Allah, Exalté soit-Il, dans le fait de tenir des propos véridiques. Par Allah ! Depuis ce jour où j’ai dit cela au Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) jusqu’à aujourd’hui, jamais l’idée de mentir ne m’a effleuré l’esprit et j’espère qu’Allah, Exalté soit-Il, m’en protégera pour le restant de mes jours. Alors, Allah , Exalté soit-Il, révéla ces versets : {( Certes, Allah a accueilli le repentir du Prophète, celui des Émigrés et des Auxiliaires qui l’ont suivi à un moment difficile, après que les cœurs d’un groupe d’entre eux étaient sur le point de dévier. Puis, Il accueillit leur repentir car Il est Compatissant et Miséricordieux à leur égard. Et [Il a accueilli le repentir] des trois qui étaient restés à l’arrière si bien que, toute vaste qu’elle fût, la Terre leur paraissait exiguë ; ils se sentaient à l’étroit dans leur propre personne et ils pensaient qu’il n’y avait d’autre refuge d’Allah qu’auprès de Lui. Puis, Il agréa leur repentir pour qu’ils reviennent [à Lui], car Allah est l’Accueillant au repentir, le Miséricordieux. Ô vous qui avez cru ! Craignez Allah et soyez avec les véridiques. )} [Coran : 9/117-119]. Ka’b (qu'Allah l'agrée) ajouta : “ Par Allah ! Excepté d’avoir été guidé à l’Islam, Allah ne m’a jamais comblé d’une grâce plus grande que celle d’avoir été véridique avec le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut). Si j’avais menti, j’aurais été perdu comme l’ont été ceux qui avaient menti. En effet, Allah , Exalté soit-Il, a dit au sujet de ceux qui avaient menti, la pire des choses qu’Il ait dite pour caractériser une personne. Allah , Exalté soit-Il, a dit dans Son Livre révélé : {( Ils vous feront des serments par Allah, quand vous êtes de retour vers eux, afin que vous passiez (sur leur tort). Détournez-vous d’eux. Ils sont une souillure et leur refuge est l’Enfer, en rétribution de ce qu’ils acquéraient. Ils vous font des serments pour se faire agréer de vous, même si vous les agréez, Allah n’agrée pas les gens pervers. )} [Coran : 9/95-96]. Ka’b (qu'Allah l'agrée) poursuivit son récit : “ Notre cas, à nous trois, fut différent du cas de ceux dont les excuses furent acceptées par le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) au moment où ils jurèrent de leur bonne foi et qu’il leur fit prêter serment d’allégeance et implora le pardon d’Allah en leur faveur. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) laissa notre cas en suspens jusqu’à ce qu’Allah , Exalté soit-Il, juge de notre cas. C’est pour cette raison qu’Allah a dit : {( et des trois qui étaient restés à l’arrière )}. Car {( à l’arrière )} ne signifie pas à l’arrière de l’armée, mais que notre cas était resté en suspens contrairement à ceux qui avaient juré de leur bonne foi et s’étaient excusés auprès de lui et dont il avait accepté les excuses. » [Al-Bukhârî et Muslim]. Et dans une version : « Le Prophète (sur lui la paix et le salut) sortit en vue de l’expédition de Tabûk un jeudi et il aimait partir en voyage le jeudi. » Et dans une [autre] version : « Il ne rentrait de voyage que de jour, dans la matinée (au temps de « Aḍ-Ḍuḥâ »). Lorsqu’il arrivait, il commençait par se rendre à la mosquée où il accomplissait deux unités de prière puis il s’asseyait. »
Qu'aucun d'entre vous ne jeûne le vendredi sauf...
D'après Abou Houreira (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Qu'aucun d'entre vous ne jeûne le vendredi sauf en jeûnant un jour avant ou un jour après ».
L'homme qui avoua l'adultère dans la mosquée
Abû Hurayrah (qu'Allah l'agrée) relate : « Un homme parmi les musulmans vint trouver le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut), qui se trouvait dans la mosquée, et l'appela à voix haute en disant : « Ô Messager d'Allah ! J'ai commis l'adultère ! » Le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut) se détourna de lui mais l'homme fit de nouveau face et répéta : « Ô Messager d'Allah ! J'ai commis l'adultère ! » Le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut) se détourna de nouveau de lui si bien que l'homme réitéra ses propos à quatre reprises. Quand l'homme eut témoigné à quatre reprises contre lui-même, le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut) l'appela et lui dit : « Es-tu atteint de folie ? – Non ! répondit l'homme. Ensuite, il lui demanda : As-tu déjà connu le mariage ? – Oui, répliqua l'homme. Alors, le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut) a dit : Emmenez-le et lapidez-le ! » Ibn Shihâb a dit : « Abû Salamah ibn 'Abdirraḥmân m'a informé qu'il a entendu Jâbir ibn 'Abdillah dire : « J'étais parmi ceux qui l'ont lapidé. Nous l'avons lapidé au lieu de prière. Quand il fut accablé par les pierres, il a fui ; mais nous l'avons rattrapé au champ pierreux où nous l'avons lapidé [de nouveau]. »
La course des chevaux d'al-Hafya' à Thaniyyat al-Wada'
Abdallah ibn 'Umar (qu'Allah l'agrée, lui et son père) relate que le Prophète (sur lui la paix et le salut) a fait courir des chevaux affûtés depuis Al-Ḥafyâ' jusqu'à Thaniyyah Al-Wadâ'. Et il a fait courir des chevaux non affûtés depuis Thaniyyah Al-Wadâ' jusqu'à la mosquée des Banî Zurayq. Ibn 'Umar a dit : « J'étais de ceux qui ont participé à la course. » Sufyân a dit : « La distance entre Al-Ḥafyâ' et Thaniyyah Al-Wadâ' est de cinq ou six miles, tandis que la distance entre Thaniyyah Al-Wadâ' et la mosquée [de la tribu] des Banî Zurayq n'est que d'un mile. »
Lécher sa main avant de l'essuyer après le repas
‘Abdallah ibn ‘Abbâs (qu’Allah l'agrée, lui et son père) relate que le Prophète (sur lui la paix et le salut) a dit : « Lorsque que l’un d’entre vous finit de manger, qu’il n’essuie pas sa main avant de la lécher ou de la faire lécher. »
'Omar consulte les gens sur la fausse couche d'une femme
‘Umar ibn Al-Khaṭṭâb (qu’Allah l’agrée) relate qu’il demanda conseil aux gens concernant la fausse couche d’une femme. Al-Mughîra ibn Shu’bah dit : « J’étais présent au moment où le Prophète (sur lui la paix et le salut) jugea, à ce sujet, d’indemniser du prix d’un esclave homme ou femme. – Amène-moi un autre témoin ! lui dit ‘Umar. Et Muḥammad ibn Maslamah témoigna avec lui. »
Sa'd ibn 'Oubada et le vœu de sa mère : « Accomplis-le pour elle »
‘Abdallah ibn ‘Abbas (qu’Allah l'agrée, lui et son père) relate : « Sa’d ibn ‘Ubâdah a requis l’avis du Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) au sujet de sa mère qui avait fait un vœu mais est morte avant de pouvoir l’accomplir. Le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) lui répondit : « Accompli-le pour elle ! »
L'espion des polythéistes venu parmi les compagnons
Salamah ibn Al-Akwa' (qu'Allah l'agrée) relate : « Un espion affidé aux polythéistes vint au Prophète (sur lui la paix et le salut) alors qu'il était en voyage. Il s'assit avec les Compagnons et discuta avec eux avant de disparaître. Le Prophète (sur lui la paix et le salut) dit alors : « Cherchez-le et exécutez-le ! ». Je l'exécutai et le Prophète (sur lui la paix et le salut) me donna ses biens en supplément. » Dans une version : « Il dit alors : qui l'a exécuté ? Ils dirent : Ibn Al-Akwa' ! Il dit : tous ses biens lui reviennent ! »
Les deux femmes de Houdhayl : le prix du sang pour la femme et le fœtus
Abu Hurayrah (qu'Allah l'agrée) relate que deux femmes de la tribu de Hudhayl se battirent. L'une d'elles frappa l'autre avec une pierre, la tuant, ainsi que le fœtus qu'elle portait. Le cas fut porté au Prophète (sur lui la paix et le salut) qui jugea que le prix du sang pour le fœtus était d'un esclave, homme ou femme, et que le prix du sang de la femme était à la charge de ses proches parents (du côté du père : Al-'Aqilah), et il le donna en héritage à ses enfants et leurs proches. Ḥamal ibn Nabighah Al-Hudhaly dit alors : « Ô Messager d'Allah ! Comment pouvons-nous acquitter le prix du sang pour quelqu’un qui n'a ni bu, ni mangé, ni parlé, ni crié à la naissance ? Un tel être ne saurait être vengé ! » Le Prophète (sur lui la paix et le salut) dit alors : « Celui-ci est certes un frère des devins ! » et ceci en raison de la rime qu'il a prononcée.
On trouva une servante dont la tête avait été écrasée entre deux pierres.
Anas ibn Mâlik (qu'Allah l'agrée) relate : « On trouva une servante dont la tête avait été écrasée entre deux pierres. On lui demanda : « Qui t'a fait cela ? Untel ? Untel ? » Jusqu'à ce que l'on mentionne un juif et qu'elle acquiesce d'un signe de la tête. On attrapa le juif qui reconnut son crime. Le Prophète (sur lui la paix et le salut) ordonna alors qu'on lui écrase la tête entre deux pierres. » Et dans la version de Muslim et de An-Nassâ'î : « Un juif assassina une jeune fille afin de lui voler ses bijoux en argent. Le Messager d'Allah (sur lui la paix et le salut) accomplit alors sur lui la sentence. »
L'homme qui avait bu de l'alcool flagellé d'environ quarante coups
Anas ibn Mâlik (qu'Allah l'agrée) relate qu’un homme qui avait bu de l'alcool fut amené au Prophète (sur lui la paix et le salut). Il le flagella alors à l'aide d'une branche de palmier, environ quarante coups.